IRAN : INFOX et AGRESSION

Que s’est-il réellement passé en Iran ces dernières semaines ? L’affaire qui est détournée par la propagande occidentale a débuté par des revendications sociales reconnues comme légitimes par le pouvoir lui-même, entre autres le président Pezeshkian. A l’origine de la protestation on touve des « Bazari », représentants d’une petite et moyenne bourgeoisie affectées par les conditions de vie dégradées à la suite des sanctions imposées par l’occident. En gros on pourrait assimiler ce mouvement à celui des Gilets Jaunes. Ces derniers, on s’en souvient, avaient été férocement réprimés par le régime français.

A l’inverse, à Téhéran, les violences ont été organisées et entretenues par une puissance étrangère qui a trouvé l’occasion de semer un « bazar » sanglant en tuant des policiers iraniens. La puissance étrangère est celle qui s’intitule « Israel » et non seulement elle n’en a pas fait mystère mais a revendiqué son intervention. L’avœu qui date de fin décembre, n’a commencé à être (timidement) repris dans certains media occidentaux que 15 jours plus tard mais plutôt pour l’approuver comme sur LCI avec l’ex mossad francophone Jérusalmy. Mieux, les plus ignorants de l’Histoire contemporaine de la Perse ( ou Iran) n’ont rien trouvé de mieux que d’embellir le souvenir du dictateur sanguinaire – dit le Shah- en faisant la promotion de son fils pour tenter de prendre le contrôle du pays !

Il est indiscutable que dans la dite « diaspora » iranienne se trouvent quelques partisans de l’ancien régime, en même temps supporters de l’excrément colonial qui occupe la Palestine.

manif pro Shah -Israel à Londres ci-dessus et à Paris ci-dessous

La République détruite par l’Empire

Pour comprendre la situation un mini rappel historique s’impose.

De 1951 à 1953, un « Front National » républicain avec le soutien du parti Tudeh (communiste) gagne les élections. Le premier ministre Mossadegh décide de nationaliser le pétrole, le Shah prend la fuite et le peuple manifeste son soulagement. Ce qui n’est pas apprécié par les Etats-Unis et le Royaume Uni qui organisent le retour du dictateur pour rependre le contrôle des hydrocarbures et de ce pays qu’ils redoutent de voir entrer dans l’orbite soviétique. C’est l’opération dite Ajax.Une des répressions les plus sauvages du siècle s’en suit avec entre autres l’exécution de centaines d’officiers supérieurs de l’armée.

Alors que je l’interrogeais en 1962 sur le poids de la religion dans son pays d’origine, l’Iran, Reza Shahshahani (mon père) me répondit : « tu verras fiston, quand les communistes ne font pas leur boulot – la révolution – les religieux la feront à leur place. » Reza mourut très jeune (46 ans) le 30 mars 1963, juste avant les manifestations monstres du printemps qui conduisirent à une féroce répression et à l’exil de celui qui deviendra 16 ans plus tard le chef de la RII, l’Ayatollah Khomeini. Je me suis alors souvenu une première fois du pronostic paternel avec celui imputé à Malraux (« le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas ») et bien entendu avec la révolution anti-monarchique de 1979. Et beaucoup plus tard avec le « Choc des Civilisations » de Samuel Huntington (1995) sans pour autant passer du rationnel au religieux, considérant simplement que ce « choc » n’est qu’une forme de la lutte des classes à l’échelle internationale dans une période donnée.

L’indépendance par le religion

La révolution de 1979 a été très largement soutenue y compris par des proches du régime, comme mon beau-frère, Safi, entrepreneur du bâtiment qui accompagna ses employés sur les barricades. Cette révolution n’était donc pas exclusivement islamiste à ses débuts. A tel point que des journalistes français en ont fait des louanges, comme ceux de Libération, Pierre et Claire Blanchet qui publieront, avec la collaboration de Michel Foucault, « La Révolution au nom de Dieu ». Avant l’impression du livre, Pierre, un vieux pote de l’ex- « Gauche Prolétarienne », me propose alors au téléphone de me dédicacer son livre pour faire le lien entre notre passé « révolutionnaire » et mon origine paternelle. Alors pisteur à Villard de Lans et retiré de la vie politique je décline l’offre que je juge imméritée n’ayant pas participé à cette révolution et dont les valeurs religieuses m’étaient étrangères.

J’ai par la suite eu deux désaccords de nature différente :

  • un couvre-cheveux obligatoire pour les femmes aussi liberticide que sa répression dans la France déjà charliste.
  • le rejet initial de l’armement nucléaire pour des considérations « morales » alors que la petite Corée du nord communiste bien que dynastique a réussi à s’en doter, se mettant à l’abri.

La radicalisation ultérieure de la République Islamique d’Iran est due, au moins en partie, à la guerre menée par l’Irak avec le soutien du monde entier, notamment l’URSS, les Etats-Unis et la France (sous Miterrand).

En dépit d’agressions continues cet état est resté indépendant depuis près d’un demi-siècle avec un système éducatif où les femmes constituent 60% des étudiant(e)s et un système ni plus ni moins démocrasseux que celui des occidentaux, dont les Etats-Unis où la partie est jouée d’avance par l’AIPAC que le président soit républicain ou démocrate. Surtout cet Iran religieux aura été dans toute cette phase la principale force de soutien du Liban, de la Syrie et bien sûr la Palestine occupée. Le génocide toujours en cours à Gaza, la victoire de Daesch en Syrie et la réoccupation partielle du Liban ne peuvent être imputés qu’à la démission des « adversaires » de l’Empire, la Russie et la Chine.

L’infox a été assez bien partagée en France quand on voit ci-dessus le commentaire de l’Humanité : « internationalisme » pour condamner un pays qui tente de se défendre contre l’impérialisme ? Pas mal. Et pas seuls dans la gauchaille : insoumis, trotskystes, anar-colos…Il était pourtant facile de trouver l’information qui distinguait le soulèvement social initial de se manipulation violente par l’étranger. Voir The Greyzone.



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